Villageois sans agriculture ! : observations sur les mutations rurales de notre temps

A uteur d'ouvrages sur les campagnes (méridionales, françaises,
européennes, américaines), Geneviève Gavignaud-Fontaine
a fait de la Révolution rurale l'axe le plus novateur de ses
recherches rurales.
Professeur invitée aux États-Unis en 1980-1981, elle observe in situ
que la fin des paysans ne signifie pas la fin des campagnes ; elle publie
La Révolution rurale. Essai à partir du cas américain (Horvath, 1983).
La France, avec quelques décennies de retard, présente déjà quelques
caractères comparables à la situation américaine : les populations des
grandes villes étirent leur territoire résidentiel jusque dans les villages
avoisinants, le mode de vie urbain se répand sur les territoires ruraux
dotés d'une rente de situation. Simultanément, dans les pays de l'intérieur,
la déprise humaine s'accélère, les friches galopent en conséquence.
Les observateurs du rural se rangent alors en deux camps d'analyse,
celui de l'expansion périurbaine avec gains de population, et celui de
la progression du vide par abandon de villages. Historienne, Geneviève
Gavignaud-Fontaine s'appuie sur la longue durée pour donner au
concept de «Révolution rurale» la force d'exprimer l'ensemble des
mutations subies par les campagnes, leurs populations et leurs activités.
En 1996, l'auteur publie La Révolution rurale dans la France contemporaine
XVIII<sup>e</sup>-XX<sup>e</sup> siècles (L'Harmattan). Elle lui donne le sens d'une rupture
dans l'histoire économique, sociale et culturelle de la France. Rupture
à saisir dans le temps long de la civilisation occidentale, et à considérer
comme l'un des traits majeurs des temps actuels.
Geneviève Gavignaud-Fontaine est professeur des Universités à
Montpellier ; elle livre dans le présent ouvrage la synthèse de ses travaux
concernant les cas américain et français, non sans évoquer, en ces temps
de mondialisation économique, les perspectives à échelle planétaire.
De quoi convaincre les lecteurs que la mutation en cours sous nos yeux
clôt celle qui, à l'époque néolithique, avait poussé à la sédentarisation
des populations de cultivateurs. Déracinement et mobilité des populations
suivent l'effacement du lien qui les relie à la culture de la terre.