Le départ

Il est 19h pile. A 35 ans, bien cravaté,
avec sur le dos le costume de son père et
à la main la valise de sa mère, Le Fils est
prêt pour le grand départ. Mais comme
disait Brel, ce qu'il y a de difficile pour
un homme qui habiterait Vilvoorde et
voudrait aller à Hong-Kong, ce n'est pas
d'aller à Hong-Kong, c'est de quitter
Vilvoorde.
Le droit à la différence, les rapports de
classe, la violence des relations
familiales sont au centre de cette pièce
qui, souvent drôle, flirte avec le
surréalisme et l'absurde.
Le départ est une invitation à voler de ses
propres ailes, même et surtout s'il s'agit
d'avancer à contre-courant.
La Mère : Rêver, pourquoi pas. Il
peut tout de même bien rêver non ?
Il a bien le droit de rêver. Tu veux
quoi ? Qu'il vive éternellement les
pieds sur terre ?
Le Père : Rêver, voler... Je vais te
dire pourquoi il doit rêver les pieds
sur terre. Parce qu'il n'a rien.
Rien.
(Au fils) Bon à rien. Rêver, voler...
Du plomb dans la cervelle, voilà
ce qu'il te faut.
(A la mère) Et toi aussi !
(Au fils) De l'autre côté, tu crois
quoi ? Tu crois quoi ? Tu crois
qu'il y a plus... plus de... plus
plus... enfin quoi, tu crois que c'est
gai de l'autre côté ? C'est ça ? Tu
crois que c'est gai ? Demande à ta
mère si c'est gai.
La Mère : Ton père a raison...
C'est pas gai.
Le Père : Non ce n'est pas gai. De
l'autre côté, ce n'est pas gai, pas
gai du tout.
La Mère : Reste. Si tu veux on peut
repeindre.
Le Père : En jaune. Ça pour sûr ça
va le faire rester.