Zoos humains et exhibitions coloniales : 150 ans d'inventions de l'autre

Les «zoos humains», symboles oubliés de l'histoire
contemporaine, ont été totalement refoulés de notre mémoire
collective. Ces exhibitions de «sauvages», aussi bien des
«exotiques» que des «monstres», ont pourtant été, en
Europe, aux États-Unis et au Japon, une étape majeure du
passage progressif d'un racisme scientifique à un racisme
populaire. Au carrefour du discours savant, des cultures de
masse et de l'intérêt des puissances coloniales, ces exhibitions
ont touché un peu moins d'un milliard et demi de visiteurs
depuis l'exhibition en Europe de la Vénus hottentote, au début
du XIX<sup>e</sup> siècle. Ces exhibitions, peuplées d'êtres difformes et
de personnes en provenance des espaces coloniaux d'Afrique,
d'Amérique, d'Océanie ou d'Asie, comme appartenant à un
univers de l'anormalité, disparaîtront progressivement avec
les années 1930, mais elles avaient fait alors leur oeuvre : bâtir
deux humanités.
Véritable synthèse et ouvrage de référence sur la question,
rassemblant les meilleurs spécialistes internationaux, cette
nouvelle édition de Zoos humains. Au temps des exhibitions
humaines (La Découverte, 2002) est entièrement refondue et
largement complétée. Fruit de plus de dix ans de recherches,
elle paraît à l'occasion de l'exposition «Exhibitions. L'invention
du sauvage», organisée au musée du Quai Branly à Paris.