Le sommeil et les signes : arts, science, littérature et mystère d'Hypnos

Le vingtième siècle aura été, par excellence, le siècle du rêve. Il ne restera
pas seulement comme celui où, ayant épuisé l'exploration de sa planète,
l'homme s'est lancé à la conquête du cosmos. Il est aussi celui où,
sous l'impulsion de Freud et du surréalisme, l'humanité a entrepris l'exploration
de son continent intérieur, projetant en plein jour un univers de
l'ombre jusqu'alors domaine réservé des oracles, des chamans et des fous.
On aurait pu penser que l'importance accordée au rêve , tant par la poésie
et les arts plastiques que par la psychanalyse, nous avait tout appris sur
le sommeil. Et si c'était le contraire ; si l'engouement pour le rêve nous
avait caché le sommeil ? Malgré les fascinantes avancées de la neurologie
dans la connaissance de la physiologie du sommeil, ce dernier reste plus
qu'une énigme : un mystère.
Qu'est-ce que le sommeil ? Cette question est de celles qui restent sans
réponses pour la simple raison qu'on ne les pose pas. La première surprise
que réserve cet essai est donc de la soulever crûment, et de lui apporter
une réponse, aussi insolite de prime abord que s'imposant ensuite à l'esprit
avec la force de l'évidence.
La deuxième est que, pour confirmer la justesse de cette étonnante
réponse, l'auteur s'adresse moins aux connaissances récentes de la science
qu'à celle des poètes et des artistes. Il apparaît, en effet, que nombre
d'oeuvres parmi les plus grandes de tous les temps recèlent, sur le sujet, un
savoir aussi précieux que secret. La méditation autour de la nature profonde
du sommeil est ainsi le point de départ d'une pérégrination en compagnie
de Michel-Ange, Marcel Proust, Jean Cocteau, Giorgio de Chirico, et
bien d'autres ; d'où il ressort qu'une mystérieuse connivence unit Hypnos
à la création artistique. Les chefs-d'oeuvre s'en trouvent éclairés, en retour,
d'une lumière inattendue.