Enfants des morts

Dans une paisible villégiature styrienne, à la pension Rose des
Alpes, trois morts reviennent tourmenter les vivants : Edgar
Gstranz, à peine vingt ans, ancien skieur professionnel de l'équipe
olympique autrichienne mort plusieurs années auparavant
dans un accident de voiture après une soirée bien arrosée,
Gudrun Bichler, jeune thésarde citadine et dépressive suicidée
dans sa baignoire, et Karin Frenzel, veuve racornie entièrement
assujettie à sa mère, ce personnage tyrannique et borné. Au
coeur d'un paysage idyllique (versants enneigés, vastes panoramas,
auberges accueillantes et serveuses tourbillonnantes en
dirndl), les trois morts-vivants, dans un perpétuel memento
mori , porte-voix de tous les humiliés, toutes les victimes innocentes
de l'Autriche, se réincarnent pour tuer, violer, torturer,
écharner les vivants. Dans cette gigantesque farce macabre, longue
dérive hallucinée qui emprunte aussi bien au pamphlet
qu'au policier, à l'allégorie baroque qu'au roman de divertissement,
ce grand pandémonium où les morts tendent un miroir
à des vivants fantomatiques, Jelinek poursuit et achève son
voyage au bout de la nuit autrichienne.