Les Petits camarades : essai sur Jean-Paul Sartre et Raymond Aron

Les noms de Sartre et d'Aron résument à eux seuls tout le débat intellectuel, moral et politique de ces dernières décennies : la gauche contre la droite, le cœur contre la raison, la folie contre la sagesse, la révolution contre la réforme, l'utopie contre le réalisme.
Mais la référence obligée au marxisme n'a-t-elle pas tout faussé ? Ce qui est en cause, n'est-ce pas plutôt le sartrisme, dans ce qu'il a d'original et d'unique ? Le sartrisme ; une vision du monde qui met la réalité tout entière,. y compris la réalité politique, aux ordres de l'imaginaire. Donc, superlativement, une vision d'artiste et d'écrivain. Quels sont les droits de l'imaginaire sur le réel ? Jusqu'à quel point peut-on faire violence au réel ? Voilà peut-être, entre Sartre et Aron, le débat fondamental, l'unique débat.
Pour le reste, les deux hommes divergèrent-ils autant qu'on l'a cru ? Sans doute, ils sont très loin d'accorder à la subjectivité les mêmes droits. Mais peut-être se rejoignent-ils dans l'affirmation d'une «pensée du sujet». Peut-être défendent-ils ensemble les prérogatives de la philosophie, et l'irréductibilité de l'homme. Peut-être nous aident-ils ensemble à redéfinir le rôle de l'écrivain dans la cité.