Faôt s'ardréchi ! : René Saint-Clair, dernier trouvère en langue normande ?

Le style rustique de René Saint-Clair se sublime dans le ciel brumeux des
cathédrales et des horizons marins. Enraciné dans sa Normandie natale,
heureux à l'ombre des clochers et à la lumière des beaux offices en plainchant
coutançais grégorien, le poète du bâs-paîs cristallise de façon magistrale
dans le vieux parler rural de ses ancêtres beaucoup de ce que le
Cotentin a laissé décanter dans la mémoire collective.
Le Viking de Marcey-les-Grèves maintient le drapeau aux trois léopards et
garde allumé le flambeau de la tradition normande transmis du fond des âges
par la chaîne humaine des générations. Sans lassitude et sans faiblesse, et
après le formidable élan initié par Alfred Rossel et Louis Beuve, il contribue,
avec d'autres grands noms de la littérature en langue normande, à préserver
la vraie culture populaire dans notre département. L'eau et le vent sont à
Saint-Clair ce que le soleil est à Mistral. Nous sommes éblouis par le maniement
si fin de cette langue si rude. Le baladin du mont Saint-Michel a transformé
la tourbe de ses marais en poèmes ciselés dans l'or massif de son
vieux langage. Chantre paysan dans le parler de ses aïeux et mystique dans
la langue de dieu, n'est-ce pas là emprunter une belle cache ? Grâce à lui est
préservée la tradition, ferment pour les innovations de l'avenir.