La Chine est un cheval et l'univers une idée

«La Chine est un cheval et l'univers une idée» est une
citation de Zhuangzi (350-275 av. J.-C.) dans laquelle il tourne
en ridicule les paradoxes sophistes, et en particulier le plus
célèbre d'entre eux, le fameux «un cheval blanc n'est pas un
cheval» de Gongsun Long. À travers le pastiche de l'argumentation
sophiste, c'est le langage humain en tant que tel que le
philosophe entend disqualifier. Tout jugement, dans la mesure
où il est jugement, est l'expression d'une subjectivité qui
opère un découpage arbitraire dans le réel. Le langage, produit
et support de l'intelligence, ne peut rendre compte d'une réalité
continue et fluide qu'en termes de discontinuité. Au lieu de
tenter de retrouver la totalité dans l'unité, les hommes ne s'occupent
que d'établir des distinctions. Or sitôt que se trouvent
isolées dans le réel des entités discrètes et distinctes, ayant des
contours et des qualités, celles-ci deviennent justiciables de la
loi de l'avoir et appellent l'appropriation.
Aussi ces essais entendent-ils se placer sous la bannière du
cheval blanc de Zhuangzi et d'en faire un cheval de bataille
contre cette activité discriminatrice de la pensée et du langage
dont les méfaits se font plus que jamais sentir aujourd'hui.
Le lieu de cette adéquation est tout d'abord la Chine. Alors
que l'empire du Milieu a toujours été posé dans le discours
occidental dominant comme l'Autre absolu de l'Occident, il
n'est ici considéré que comme un moment singulier et
significatif d'une histoire universelle.