Un autre mal du siècle : le romantisme des romancières, 1800-1846

La parole des femmes, à l'époque
romantique, a souvent été ignorée ou
marginalisée. Cet ouvrage a pour objet
de réintégrer l'écriture féminine dans
l'histoire littéraire du XIX<sup>e</sup> siècle et d'en
comprendre le caractère propre : les
héros et les héroïnes d'auteurs féminins
souffrent moins, ou même ne
souffrent pas du tout du «mal du
siècle», compris comme une mélancolie
introspective qui se nourrit
d'égotisme, de complaisance dans la
souffrance morale et de repli sur soi.
Au contraire, la mise à l'écart civile,
législative et sociale dont ces femmes
ont été frappées semble les avoir sensibilisées
au sort de l'«Autre» et leur
avoir prêté une grande compassion
pour les victimes de la société. Cette
compassion, qui s'exprime essentiellement
par le motif de l'exclusion, est
omniprésente dans les oeuvres des
onze écrivains considérés, comme
sont quasi absents l'orgueil et la jouissance
de la proscription, typiques du
«mal du siècle». Quelle que soit l'origine
sociale de ces femmes, leur prose
est toujours traversée par un souci
social qui anticipe déjà sur nombre de
préoccupations des mouvements réaliste
et naturaliste.