Dépêches du Vietnam

Les «Dépêches du Vietnam» sont les derniers textes écrits par
John Steinbeck et le récit de son ultime reportage de guerre. À 64 ans,
l'écrivain ne se ménage pas : il vole à bord des hélicoptères Huey,
sillonne le Delta en vedette rapide, patauge dans la boue des rizières,
participe, émerveillé, aux missions de «Puff, le dragon magique»,
lourd avion mitrailleur qui crache de son flanc un «Niagara d'acier».
En réalité, l'écrivain de Salinas est bouleversé par cette guerre sans
«front, ni arrières». Alors que la contestation gronde aux États-Unis,
Steinbeck, le défenseur des faibles et des opprimés, «l'écrivain
social» qui en son temps fut soupçonné d'être communiste, devient
un belliciste, «désespéré que ces merveilleuses troupes n'apportent
pas une victoire rapide».
Ces chroniques écrites par le prix Nobel de littérature entre
décembre 1966 et avril 1967 pour le quotidien Newsday ont été
rassemblées, au terme d'un formidable travail d'enquête, par Thomas
E. Barden, universitaire américain qui fut lieutenant durant le conflit.
L'introduction de son ouvrage, inédit en France, et son épilogue nous
font comprendre de façon subtile pourquoi Steinbeck est devenu
résolument partisan de l'intervention au Vietnam. Traduit et préfacé
par Pierre Guglielmina, ce livre méritait, à plus d'un titre, de figurer
dans la collection «Mémoires de guerre» des Belles Lettres.