Un colloque peu différent des autres

«Le gros Marcel est capable d'engloutir, apparemment sans
faire la moindre distinction, la plus infâme des piquettes, comme le plus
racé des nectars. Mais en dépit de sa vilaine ivrognerie, il faut le
reconnaître, lui au moins ne bave pas dans la soupe quand il intervient.
On peut même l'avouer, à moins de vouloir à tout prix jouer la carte de
la mauvaise foi, on prend un réel plaisir à l'écouter, tant le bougre n'a
pas son pareil en matière de subtilité. Et c'est sans compter qu'il a de
l'esprit à revendre. Ce n'est pas comme ce balourd d'Henri. Tout doté
qu'il est d'un physique de bellâtre, ce triste sire n'est vraiment rien
d'autre qu'un âne. Au moment où cette dernière pensée traverse l'esprit
de François, les mâchoires serrées, il esquisse une sorte de grimace,
tandis que sa bouche se pince. C'est qu'au même instant, il songe,
comme si cela ne faisait qu'aggraver le cas de son piètre collègue, à son
allure et à ses accoutrements de dandy. Il est vrai, se dit-il, tout en
laissant aller un léger soupir, ce type n'a aucun sens du ridicule.»
Un Colloque peu différent des autres nous invite à pénétrer au
coeur de la vie d'un couple enseignant dans le supérieur. Si dans leur
milieu professionnel, ils tissent parfois des liens d'amitié, leurs
rapports avec leurs collègues semblent cependant souvent convenus,
quand ils ne donnent pas lieu à des rivalités. Au demeurant, outre que
leur métier les passionne, les protagonistes de ce récit forment, du
moins selon toute apparence, un couple lié par leur indéfectible
amour. Au fil de leur quotidien, à côté des moments de tendresse, on
assiste à leurs atermoiements et à leurs querelles, tandis qu'on
entrevoit leurs ambitions et leurs angoisses. Au fur et à mesure de la
découverte de leur passé, se révèlent peu à peu des pans de leur jardin
secret et se dessine leur portrait psychologique.