Philosophie française et philosophie écossaise : 1750-1850

«Si l'histoire de la Philosophie sensualiste au XVIII<sup>e</sup> siècle,
en montrant quelle triste morale et quelle triste
politique sortent invinciblement de la métaphysique de la
sensation, avait ruiné le principe dans ses conséquences auprès
de notre jeune et généreux auditoire, l'étude de la Philosophie
écossaise venait à propos pour achever de le conquérir à la
cause opposée. Là, en effet, une saine métaphysique, appuyée
sur une psychologie sévère, conduit naturellement à une
esthétique, à une théodicée, à une morale, à une politique qui
satisfont à la fois les esprits les plus scrupuleux et les âmes
élevées [...].
Cette école, cachée, pour ainsi dire, dans un coin du monde,
a produit, en moins d'un siècle, avec un grand nombre
de professeurs et d'écrivains recommandables, six hommes
éminents dont la renommée est européenne : Hutcheson,
Smith, Reid, Beattie, Ferguson, Dugald-Stewart, et, sur ces six
hommes, il y en a deux dont les noms ne périront point, Smith
et Reid. L'un a presque créé une science, l'économie politique ;
l'autre a renouvelé la métaphysique».
Victor Cousin
Philosophie Écossaise , Avertissement à l'édition de 1857