Les pommes sauvages. La vie sans principe

Ces fruits doivent être mangés dans les champs, lorsque l'exercice vous
a stimulé le système, que le froid glacial vous pince les doigts, que le
vent soufle avec fracas dans les ramures dénudées ou fait frissonner les
quelques feuilles qui restent encore, et qu'on entend le geai pousser ses
cris alentour. Ce qui paraît acide à la maison est rendu doux par une
marche vivifiante. Il faudrait étiqueter ainsi certaines de ces pommes :
«à consommer dans le vent.»
Dans son désir d'une pensée de qualité, Thoreau recommande de ne
pas laisser la «poussière de la rue» envahir son esprit, de le protéger
contre la profanation par l'actualité frivole : il résiste avec vigueur pour
rendre le cerveau indisponible aux sollicitations médiocres d'une
société qui, dans sa quête matérialiste, a perdu le sens de l'humain.
Michel Granger