Dialogues avec une araignée : conte

Au coeur de Clermont-Ferrand, une araignée s'est
installée dans le bac à fleurs, sur le rebord de la fenêtre
de l'écrivain. Elle observe, elle parle, donne des ordres et
n'admet pas qu'on lui résiste : - Venez à la fenêtre !
L'écrivain est docile : peu lui chaut qu'une araignée passe
ses journées à épier le moindre de ses gestes dans son bureau !
Encore souligne-t-elle les fautes de syntaxe de l'écrivain, et
livre-t-elle ses commentaires : - Votre style se fait de plus
en plus fluide à mesure que vous avancez ! - signifiant ainsi
qu'elle n'a guère apprécié les premiers paragraphes.
Et devient capricieuse, exige que lui, l'écrivain, répète
mille fois : - Vous êtes très belle. Vous êtes très belle. Vous
êtes très belle. Vous êtes très belle...
L'écrivain s'intéresse plutôt à une araignée qui s'est
établie sur une autre fenêtre de la rue : plus épanouie et
moins cynique, celle-ci ! Éprise de poésie, disciple de Jean-Sébastien
Bach ! L'écrivain décide de l'installer sur un arbuste
majestueux qui trône au beau milieu de sa propre chambre
à coucher et partage alors discrètement ses journées en
matinées de lecture dans la chambre, en après-midi d'écriture
dans le bureau.
Lorsque la première araignée découvre la présence de la
seconde, le drame est inévitable.