Je meurs de ne pas mourir : mémoires de porcelaine

Lisez vite, je vais bientôt me briser.
Je suis si fragile !
Mais avant, je voudrais vous poser une
question qui embrouille mes pensées de
porcelaine :
Que feriez-vous si vous appreniez que les
choses ou les personnes sans valeur, creuses, légères, cassées
ou recollées qui vous entourent, menaient à votre insu une
intense vie intérieure ?
Moi, le cassé et recollé, je mène une intense vie intérieure :
j'aime et je me révolte, j'observe les choses et les gens, je ris,
je pense et puis j'écris, aussi.
Ça me détend ; j'oublie le creux de ma vie sans Dieu.
L'écriture sert d'exutoire à mon amertume :
passer d'un salon élégant et bourgeois à une petite brocante
de province, c'est psychologiquement insupportable ;
d'autant plus que je n'ai pas de psychologie.
Lisez, vous m'enlèverez une épine du pied.
Spinario.