Douze mesures pour un meurtre

Quand on veut faire taire les minorités
ou leur dénier l'accès aux droits civiques
fondamentaux, une des techniques les
plus efficaces consiste à les empêcher de
s'exprimer. Non seulement en leur barrant
l'entrée des écoles et des universités, mais
aussi en « cassant » leur musique et leurs
chants. Dans les États du Sud des États-
Unis, au sortir de la Deuxième Guerre
mondiale, certains milieux ségrégationnistes
l'ont bien compris. Ils ont notamment aligné dans leur viseur un bluesman dont la
voix, circonstance aggravante à leurs yeux, allait jusqu'à séduire un
public de jeunes Blancs. Dans la foulée, ils ont également coché sur
leurs tablettes le nom d'un prospecteur de talents venu du Nord
pour enregistrer les meilleurs chanteurs noirs... Derrière deux
morts d'apparence anodine se joue une partie démoniaque, qui a
pour enjeu la disparition ou la survivance du blues et, à travers cela,
l'émancipation de la population afro-américaine. Ou comment une
banale enquête sur un meurtre finit par céder la place à une quête
initiatique. Où le temps s'écoule par paquets de douze mesures. Et où
chaque mot, chaque son se met à osciller pour former une blue note .
Une note bleue comme le fond de l'abîme, pour une musique noire
comme la couleur de l'âme.