Saint-Amour ou Les vignes du rêve : récit

«Je l'avais auparavant rencontré une fois. À table,
chez des amis. Tu n'étais pas là, Pierre. Quelque chose
de candide et fragile dans une silhouette un rien
oursonne m'avait émue. Mise de bonne humeur par
le vin, je m'étais mise à raconter, parce que tombait
une pluie douce aux reflets crémeux, une histoire
sans queue ni tête et l'avais vu sourire sans l'imaginer
traversé par l'idée que sa queue à lui glissée dans ma
bouche aurait du plaisir à donner une tête à mon
histoire...» Une femme raconte à son confident privilégié
les heures lestes et licencieuses vécues auprès
d'un amant passager. Elle est vigneronne, elle connaît
l'art de régaler le palais et le sexe. L'amour se fait, se
dit, ou se rêve, sur fond de saint-amour ; il est joyeux
et innocent. Comme le bon vin, il réjouit le coeur et
l'esprit plus encore car si faire l'amour est un plaisir, le
dire est un ravissement. Dans ce récit plein à ras bords
de doux cuissage réfléchi, Claire Fourier renoue avec
la veine de Métro Giel et de Plus marine que la mer
qui a fait dire à Bernard Noël qu'elle avait inventé un
nouveau genre : la sensualité verbale.