L'empire espagnol de Charles Quint (1516-1556)

L'arrivée de Charles de Gand sur le trône d'Espagne marqua un tournant
décisif dans l'histoire de cette monarchie qui jusqu'alors, au sein de la chrétienté
médiévale, n'avait occupé, somme toute, qu'une position marginale.
Mais il faut prendre garde que ce ne fut pas l'inclusion des royaumes de
Castille et d'Aragon dans l'orbite impériale qui leur offrit (ou plutôt à la seule
Castille, grande protagoniste de cette aventure) la possibilité de développer
un dynamisme inconnu jusqu'alors. La formidable expansion territoriale
qu'allait connaître le premier XVI<sup>e</sup> siècle péninsulaire, la construction d'un
véritable empire colonial castillan, la mise en place d'un État fort, l'arrivée
de la Renaissance, tout cela eut lieu à côté, malgré, pourrions nous presque
dire, la participation de l'Espagne aux grandes luttes dans lesquelles elle fut
entraînée par la politique de Charles de Habsbourg. Cependant, réduire le
rôle des Espagnols dans l'entreprise impériale à une simple instrumentalisation
plus ou moins consentie, à la pure concession de moyens (financiers,
bien entendu, mais aussi humains, logistiques, spirituels) sans espoir de
retour, serait caricatural. Il y eut bien échange, communauté de perspectives
après une mise en contact difficile entre deux mondes que rien ne semblait
devoir faire s'entendre. Les spécialistes ont beaucoup interrogé les liens
- féconds, dynamiques - qui purent s'établir peu à peu entre l'idéal impérial
de Charles Quint et la vieille idée impériale castillane, la nouvelle direction
que prit alors l'histoire des Espagnols a bien été éclairée à la lumière des
priorités fondamentales affirmées par les hommes de l'empereur (lutte
contre les protestants au Nord, contre la poussée ottomane à l'Est, contre la
France en Italie). De même, les relations existant entre la définition strictement
confessionnelle du pouvoir défendue par Charles Quint et le principe
de l'unité politique fondée sur l'unité de la foi érigé par les rois catholiques
en maxime suprême de gouvernement, n'ont pas échappé aux historiens,
pas plus que tout ce qui dans cette brillante et chevaleresque Espagne du
nouveau César préparait la noire monarchie catholique de l'Escorial.
Le présent recueil d'études n'a pas la prétention de formuler de nouvelles
hypothèses ni de bousculer les connaissances établies, ne serait-ce que
parce que tel n'est pas le but d'un ouvrage qui se veut avant tout un guide
sûr pour les étudiants préparant le CAPES et l'agrégation. Ils y trouveront
traités des chapitres précis constituant, aux yeux de leurs auteurs, les points
les plus importants permettant d'embrasser la totalité de la question.