L'inversion temporelle du cinéma : tête à queue de l'univers

L'inversion temporelle étourdit le spectateur de cinéma depuis l'invention
du cinématographe : les frères Lumière montraient dès les premières
projections un mur démoli qui se redresse, ou des plongeurs qui sortent
de l'eau et reviennent sur leur plongeoir. Derrière le trucage élémentaire
du défilement inversé, il y a un enjeu philosophique essentiel pour le
cinéma et pour le temps lui-même.
Le cinéma est-il l'art du temps, ou l'art d'un contretemps plus mystérieux
qui se décline sous d'innombrables facettes ? De l'inversion temporelle
pelliculaire la plus spectaculaire, parfois dénuée de sens, à toutes les
sortes de retours dans le passé qui défient la mort, l'irréversible, la
causalité, la raison, la pensée, l'ordre, il nous faut rester auprès de cette
énigme : Le cinéma est la seule expérience où l'inversion temporelle nous
est donnée comme une perception .
Cette figure traverse aussi bien des classiques de l'histoire du cinéma
(Chaplin, Cocteau, Dreyer, Coppola, Bergman, Wells, Lynch, Haneke...),
que des oeuvres majeures ou des curiosités insolites et rares du cinéma
expérimental, de l'art vidéo, de l'art contemporain, de l'installation, la
musique et la littérature... Dziga Vertov a été jusqu'à mobiliser l'inversion
temporelle comme forme révolutionnaire pour renverser le temps
bourgeois capitaliste dans le film Ciné-oeil ...
Avec un vaste corpus d'oeuvres et d'approches, ce livre réactive la
subversion de cette figure contradictoire, plus que jamais nécessaire en
ces temps de mélancolie post-moderne et post-politique.