Hobbes, Descartes et la métaphysique : actes du colloque, Paris, Sorbonne, 8 juin 2002

Hobbes, Descartes et la métaphysique
Dans une lettre fort célèbre adressée à Marin Mersenne le 4 mars 1641, René Descartes dit de Thomas Hobbes, l'« Anglois » : « je crois que le meilleur est que je n'ai point du tout de commerce avec lui, et pour cette fin, que je m'abstienne de lui répondre ; car, s'il est de l'humeur que je le juge, nous ne saurions guère conférer ensemble sans devenir ennemis ». Quant à Hobbes, selon le témoignage de John Aubrey (1626-1697) rapporté dans ses Brief Lives , il avait apparemment coutume de dire que Descartes, « s'il s'en était tenu à la géométrie, aurait été le meilleur géomètre au monde, mais sa tête n'était pas faite pour la philosophie ». Pourquoi alors « Hobbes, Descartes et la métaphysique », d'autant qu'il est également bien connu que Hobbes ne passe pas spécialement pour un défenseur acharné de la « métaphysique », laquelle, au « Royaume des ténèbres », figure selon Hobbes en très bonne place ? En réalité, l'opposition entre Hobbes et Descartes concerne peut-être - c'est du moins l'hypothèse que ce livre envisage et tente d'explorer - la façon dont le philosophe anglais a cherché à constituer, avec et contre Descartes, un privilège de la physica au sein de la philosophia prima . D'où la nécessité de reprendre à nouveaux frais les enjeux du débat qui fit s'affronter Hobbes et Descartes autrement que sous la seule forme de l'injure et de l'attaque ad hominem . D'où également la nécessité de s'interroger sur les liens qui rattachent peut-être la philosophie première de Hobbes au « système de la métaphysique » tel que ce dernier s'est progressivement constitué, au XVII<sup>e</sup> siècle, avec l'élaboration de l' ontologia .