Comédie et philosophie : Socrate et les présocratiques dans les Nuées d'Aristophane

Les Nuées , qu'Aristophane même considérait
comme la plus « savante » ou « habile » de ses oeuvres,
inaugure avec éclat la longue histoire des rapports
de l'intellectuel avec le monde. Le chemin qui conduit
à l'abolition des dettes contractées par un fils
dispendieux passe-t-il par celui de la connaissance ?
Le père endetté, qui répond au nom transparent
de Strepsiade - M. Retourneur -, tente sa chance.
En vain : c'est un lourdaud. Lui-même emberlificoté
par un fils qui excipe de la leçon des philosophes pour
le frapper, il se retournera finalement contre le
« Pensoir », l'école philosophique dont Socrate est ici
le représentant attitré. La pièce d'Aristophane,
avec la virulence propre à la comédie et les ressources
propres au théâtre, parle de la relation entre
la théorie et la pratique, mais aussi de celle entre les
Nuées, divinités aussi suprêmes que complexes,
et les simplets que nous sommes tous ; elle parle aussi
de la langue et des théories philosophiques, dont elle
construit l'unité sous-jacente et dénonce la complicité
profonde, par-delà leur confrontation de surface.
En fin de compte, la comédie se révèle aussi école
de pensée. Platon saura s'en souvenir.