Femmes bourreaux, femmes victimes : le dilemme d'un avocat général

Une femme qui tue, cela surprend toujours. Dans l'inconscient
collectif, celle qui symbolise la vie, parce qu'elle enfante, ne peut
donner la mort. Si elles sont rares à s'illustrer sur le théâtre du
crime, ces meurtrières passionnent. Celles d'aujourd'hui, à la différence
des grandes empoisonneuses d'autrefois, empruntent aux hommes leur
arsenal de mort. Leur geste, pourtant, demeure souvent inexplicable. Les
expertises psychologiques peinent à traduire le chaos mental qui
s'empare d'elles, gommant toute trace de compassion féminine. Dans
l'action, elles se montrent méthodiques, silencieuses, ne laissant aucune
part à l'improvisation.
Des accidents de la vie ont conduit nombre d'entre elles dans une
impasse où l'homicide leur semble la seule issue. C'est parfois par fidélité
qu'elles suivent et épousent jusqu'au bout les délires mortifères de
l'homme qu'elles aiment. Par crainte de la solitude, certaines asservissent
ou tuent celui qui menace de les abandonner. D'autres encore, alors
que leur vocation première serait de subir le joug de leur mari, ou amant,
l'assassinent pour se sauver. Enfin, pour échapper à un enfant non désiré
après une grossesse qu'elles n'ont cessé de dénier, les dernières, désespérées,
commettent l'infanticide.
Bourreaux ou victimes ? Telle est la question que posent les criminelles
à ceux qui ont pour mission de les juger.