Hitler : 30 janvier 1933, la véritable histoire

La prise du pouvoir par Hitler a été souvent racontée. Cependant
toutes les études, avant celle-ci, en parlent comme d'un
accident. Le char de la République de Weimar aurait versé
dans le fossé. Voilà qui incite à scruter le comportement de son ou
de ses pilotes. Quant au bénéficiaire de l'accident, Hitler, soit il n'y
serait pour rien, soit il aurait tout au plus jeté des clous sur la route.
L'homme est fou et son dérangement mental se traduit notamment par un
antisémitisme obsessionnel, d'une nature et d'un degré inédits. Cette folie
donne une grande assurance à son porteur, persuadé que la Providence
l'a désigné pour restaurer la grandeur de l'Allemagne et la porter vers des
sommets. Loin de guetter les bévues des gouvernants pour en profiter, il
les fait sciemment advenir, enfermant ces politiciens dans des alternatives
entre le mal et le pire, exactement comme il en usera un peu plus tard avec
les hommes d'État étrangers.
Il développe aussi une panoplie d'agents permettant de scruter, de contrôler
et de duper en permanence ses rivaux. Le développement rapide du mouvement
SS à partir de la nomination de Himmler à sa tête (1929) et la
création en son sein d'un réseau de renseignement confié à Heydrich (1931),
ainsi que la marginalisation politique des Sa en dépit de leur croissance
numérique, sont des éléments clés, jusqu'ici peu aperçus, de ce processus.
De même le noyau dirigeant prend forme et ne bougera plus guère, avec la
montée, outre Himmler et Heydrich, de Göring, de Goebbels et de Hess.
Il y a entre ces personnages de solides inimitiés, que le maître contrôle
pour que tout le monde tire dans le même sens en dépit d'une cacophonie
apparente. Celle-ci contribue à masquer la pieuvre étouffante qui s'empare
du Reich, pour le conduire vers des entreprises démesurées, mais longtemps
réussies.