Grand'peur et misère des Malgré-nous

«Grand'peur et misère des Malgré-nous» se propose de
mettre en relief, dans la lignée de la mémoire de ce siècle fou
que fut le vingtième siècle, l'histoire particulière de l'Alsace et de
la Moselle. Au mépris de la convention de Rethondes du 22 juin
1940, le régime nazi promulgue l'annexion de l'Alsace et de la
Moselle, avec la complicité frileuse du gouvernement vichyste.
Germanisation, nazification conduisent vite à cette forfaiture :
l'enrôlement de force, sous d'odieuses menaces familiales, de cent
trente mille Français d'Alsace et de Moselle envoyés combattre sur
le front russe aux côtés de la Wehrmacht. Au cours de ces combats
ou, plus tard, lors de leur incarcération dans des camps russes :
Odessa, Zielenzig, Sevan, Tambov..., des camps d'alliés qui n'ont
su comprendre l'ambiguïté de l'incorporation forcée, quarante
mille d'entre eux disparaîtront.
D'autres ont pu s'échapper à temps, participer à la création de la
mythique brigade Alsace-Lorraine, rejoindre les Forces Françaises
Libres du général Leclerc, participer à la libération de leurs
provinces.
Ceux qui reviennent des camps russes sont en butte à
l'incompréhension, au malentendu de leur incorporation. Ils se
taisent, leurs enfants ne découvrent que des décennies plus tard
le passé de leurs pères : « Mais, pourquoi toi, papa, en uniforme
allemand ? »
A partir de 1966 seulement, souffle un grand vent de mémoire qui
génère le rassemblement d'Obernai, après que le Mémorial du
Struthof ait été inauguré. Cette reprise en compte de la mémoire
des Alsaciens-Mosellans débouche sur l'ouverture en 2005 du
Mémorial de Schirmeck, qui se propose de mettre en lumière «ce
passé diviseur et divisé», sans omettre ce qui fait débat : les lourdes
pages du massacre d'Oradour et du procès de Bordeaux.