Célébration de la chair : épithalames (célébrations lyriques en l'honneur des mariés) à l'incarné : cinq suites tirées du Journal de l'auteur, 1987-1995

Voilà ces «lettres à moi-même» que j'ai regroupées sur cinq axes de
méditation et dont certaines ne se cachent pas d'être aussi des objurgations au
monde. Elles se sont mises à pleuvoir comme ondées d'orage d'un ciel bas
obstrué par les nuées de la déréliction, devant la déchéance de La chair...
Plus mes parents s'enfonçaient dans la défiguration que le très vieil âge ne
leur épargnait guère, plus la lumineuse et absolue certitude de l'immortalité de
leur Chair s'imposait à moi...
Dans ces vents et bourrasques du soir qui secouent l'être en son tréfonds,
sont nées ces sortes de stances, d'hymnes, d'imprécations aussi sur la
condition royale et servile de l'homme. Dispersées dans cette pluie
épistolaire, elles concentrent cependant une eau lustrale qui ondoie et
irise ce couple attendrissant au seuil de l'Eternité. Absente à vrai dire de
ces lignes leur souffrance, réelle, est le sang qui irrigue la vision de leur
fils, anthropologique et sacrée... où brille tout particulièrement la figure
de son épouse.
Bien sûr, au-delà des méditations sur le mariage chrétien - en septembre
90 ils fêtaient leurs 71 ans de nuptialité - se profilent, largement esquissées,
les sémiologies de l'Homme et de la Femme dans leurs statures propres. L'Art
véridique aussi, qui, par instants illumine ces graves débats, y plaide sa cause
et sa finalité : toutes deux expressions liturgiques de La chair, glorieuse et
cendrée.