L'anneau de Fulcanelli

Ce soir, je serai mort !
Je refermerai cette porte sur les mystères de ma vie, sans regret, avec la
conscience d'avoir accompli la mission à moi confiée par le moine d'Hennebont.
Je n'ai plus rien à découvrir, j'ai achevé l'oeuvre. Le temps pour m'engager sur
l'autre chemin est enfin venu et je ne me suis jamais senti aussi léger... aussi libre.
Paris est encore calme. De ma fenêtre, je distingue, à travers les voilages de cette
fin de nuit, les toits de la cité, nichés dans leur édredon ouaté d'humidité.
Je n'entends pas encore mon ami le merle. Il serait bien surpris de me savoir déjà
éveillé, lui qui pense me servir de réveille-matin ! De la faitière de l'immeuble
d'en face, il ne consent à suspendre son chant que lorsque j'écarte mes rideaux.
Le ciel est bas et semble se reposer sur les cheminées. Il a délégué un peu de pluie
qui, avec le jeu des réverbères, en sillons serpentins, me fait découvrir la ville au
travers de kaléidoscopes. Aurait-il du chagrin pour mon départ ? Allons, allons, tu
n'ignores pourtant pas qu'en fait, nous bondissons d'un monde parallèle à un
autre, saute-mouton de toute éternité.
Ah, nature, que de mal ne m'as-tu donné ! Tu t'es offerte, puis refusée, pour enfin
me céder, telle la plus capricieuse des maîtresses. Oui, j'ai fini par te posséder,
dans le plus merveilleux et improbable des orgasmes. Ce jour-là, j'eus
l'impression de détenir le monde entre mes doigts et pourtant, je n'en ressentais
aucun orgueil, rien qu'un bonheur indescriptible et le sentiment d'être enfin en
communion totale avec le cosmos et d'en faire partie intégrante
Paul