Africultures, n° 84. Comment peut-on faire de la BD en Afrique ? : 33 entretiens pour comprendre...

Entre conditions de vie, censure et faiblesse des maisons d'édition,
travailler dans le 9<sup>e</sup> art en Afrique semble être une gageure. Pourtant, la bande
dessinée est présente dans les journaux et publiée par des éditeurs privés du
continent depuis près d'un siècle. Certains journaux spécialisés dans le genre
ont même connu un réel succès dans le passé, comme Jeunes pour jeunes en
RDC dans les années 70, ou continuent d'en avoir de nos jours, comme
le phénomène Gbich en Côte d'Ivoire. De plus, certains héros de papier
ont symbolisé pendant longtemps l'archétype de l'homme de la rue, que
ce soit Mata-mata et Pili-pili en RDC, Monsieur Dago en Côte d'Ivoire,
Goorgoorlou au Sénégal ou encore Tékoué en Centrafrique.
Par la suite, dans les années 2000, la BD d'Afrique se développe et se
délocalise. L'émergence d'auteurs africains expatriés en Europe ou le succès
de certaines séries issues du Sud tels qu' Aya de Yopougon ou Pahé , renforce
l'aura du 9<sup>e</sup> art africain auprès du public européen. Pour certaines de leurs
productions, des éditeurs comme Joker font la part belle à des dessinateurs
africains. Mais ces succès sont plus du ressort de l'exception et la BD venant
d'Afrique continue d'être mal connue. En effet, dix années après son
émergence en Europe, certaines interrogations demeurent : comment les
auteurs africains produisent-ils ? Comment font-ils pour vivre de leur art ?
Comment cette passion leur est-elle venue ?
Face à la singularité des situations et des parcours de vie, on ne saurait
donner une réponse univoque. Un début de réponse est cependant apporté
ici à travers la parole de 33 auteurs et éditeurs du continent interrogés par
Christophe Cassiau-Haurie entre 2008 et 2010 selon un canevas homogène.
Ces entretiens sont agrémentés de notices sur l'histoire de la BD dans chaque
pays concerné et richement illustrés.