Mémoires d'Antinoüs

Bienvenu à cet Antínoüs argentin, enfin traduit, preuve de l'immense
richesse du personnage rendu encore plus célèbre par la fiction de
Yourcenar que par l'Histoire de Rome.
Daniel E. Herrendorf , personnalité intellectuelle reconnue en Argentine,
au Mexique et en Espagne, nous livre ici un texte flamboyant, d'une
étrange beauté, longue confession intime, un discours syncopé, haletant,
musical dans ses reprises, incantatoire.
On devine qu'à travers les tourments d'Antinoüs, l'auteur nous transmet
sa propre vision de la vie, mais aussi en fidèle disciple de Borges, teintée
de la nostalgie d'un Cioran, du scepticisme d'un Camus, des doutes
de Duras ou de la fascination pour la mort de Mishima.
Il s'agit ici des Mémoires du jeune Antinoüs, présentés comme un
texte parallèle à celui d'Hadrien, la vision de leur histoire et du pouvoir
d'Hadrien par son jeune amant qui prend la parole à son tour et
interpelle l'Empereur à partir de sa décision de se donner la mort.
L'influence de Yourcenar se retrouve dans une esthétique maîtrisée
et subtile qui traverse ces pages où les silences ont autant de force
que les cris de douleur.
En définitive, une réflexion poétique sur la notion de Mémoire
inachevée et interminable, produit d'un fantôme, d'un homme au-delà
de la mort. Daniel E. Herrendorf parle de «donner corps» à la voix
d'Antinoüs. Il est allé plus loin, dans ce texte chanté à deux voix.