Max Jacob au grand quartier général Nollet : un nouveau Bateau lavoir

A la fin des années 20, Max Jacob s'installe à l'Hôtel Nollet
pour garder sa liberté et jouir à sa guise d'un Paris qu'il n'a
jamais perdu de vue, même au plus profond de sa retraite de
Saint-Benoît-sur-Loire. Bien que l'établissement, plus que modeste,
prenne des allures de Nouveau Bateau Lavoir, ce sont
encore et toujours des années de misère qui préparent à la
retraite définitive. La volumineuse correspondance du poète,
connue ou inédite, nous livre un Max Jacob magnifique et tragique,
qui, tel l'acrobate, danse sur un fil et fait le grand écart
entre sa soif de reconnaissance en ce monde et son intelligence
de la grandeur de ce qui l'attend dans l'autre, auquel il croit
plus que jamais. Il connaît la faim, mais va sans joie dans le
monde où seule l'élite sociale est reçue. Il crée, voyage, donne
des conférences, pleure, réconforte, écoute, stimule, s'entremet,
se fâche et pardonne... Le lecteur sort de ce feu d'artifice avec
une peinture magistrale de ce que pouvaient être les années 30
pour un artiste surdoué et une plus grande connaissance d'un
poète qui, tout en étant toujours à l'avant-garde, est demeuré
un marginal afin de rester libre.
Les années Nollet (1929-1934), dernier long séjour du poète
à Paris, précèdent la retraite définitive à Saint-Benoît-sur-Loire,
interrompue par la barbarie nazie. Chrétien depuis sa
vision de 1909 puis par son baptême, Cyprien Max Jacob,
dont les intuitions spirituelles préfigurent le Concile Vatican
II, malgré sa vie exemplaire et édifiante, et toutes ses
relations, meurt en déportation au camp de Drancy en mars
1944. Le monde perdit un des précurseurs de la poésie moderne
et l'Église romaine un écrivain aussi talentueux que délibérément
méconnu.