Cosmopolitiques, n° 14. Comment rendre la santé publique ?

La santé ne va pas fort ! Et ce n'est pas seulement un problème
de trou de la sécu. Cependant, en analysant son fonctionnement
ou la manière dont les firmes pharmaceutiques tentent
encore de valider des pseudos innovations avec des essais cliniques
de moins en moins fiables, on peut admettre que la
structure financière de «notre sécu» ne soit pas très saine.
Mais la sécu autant que la santé sont-elles encore nôtres ? Rien
n'est moins sûr ! C'est en ce sens qu'il serait temps de rendre la
santé publique, c'est-à-dire de la rendre aux publics. Les pouvoirs
à l'hôpital, le rôle des experts, celui des lanceurs d'alerte,
tout cela doit être réexaminé à l'aide de ce nouveau critère :
cette santé-là, cette organisation-là, donne-t-elle leur place aux
patients, ou plutôt aux usagers du système de santé ? Nos pratiques
moins officielles, comme la relaxation ou le taï chi
chuan, peuvent-elles avoir leur place ? Et la santé publique
peut-elle enfin devenir une discipline de base de tout l'enseignement
? Car rendre la santé publique, c'est la faire sortir de
sa routine de traitement qui ne s'intéresse jamais aux causes, à
l'association de facteurs environnementaux par exemple, ou
aux croisements avec les maux dits «psy».
C'est considérer la prévention comme la plus noble des tâches
médicales mais non sous la forme délirante du fichage généralisé
à trois ans.
Cette tradition de découpage proprement moderne nous
conduit clairement à l'impasse, à la course aux soins inutiles
pour le plus grand profit de quelques grands groupes, alors que
le public aspire pourtant à reprendre prise sur sa santé dans sa
globalité. C'est ce que tous ces articles, dans leur diversité, tendent
à développer.
Nous pratiquons désormais des «cosmopolitiques» parce que
les liens qui nous attachent à nos mondes ne sont pas à
trancher mais à rediscuter, parce que la complexité est la base
même de toute l'écologie, parce que l'incertitude de notre temps
rend caduques ou ridicules les prétentions dogmatiques ou
technocratiques. Ces «Cahiers théoriques pour l'écologie
politique» se veulent une contribution régulière pour penser
l'activité politique des acteurs qui font tenir ces collectifs incertains,
qui cherchent à recomposer des espaces de pouvoir ouverts.