Mémoires

Rien de plus romanesque que les Mémoires du duc de Lauzun,
rien de plus emblématique aussi que cette figure de grand aristocrate,
élégant et voluptueux, aimable et héroïque qui intéressa
très tôt les femmes. Ingénument, il avoue combien à vingt ans
il était déjà «assez à la mode pour qu'aucune femme ne dédaignât
pas de lui plaire». Il y a du chérubin en lui ; tendre, palpitant,
il tombe toujours amoureux comme si c'était la première
fois. Qu'une de ses maîtresses le quitte ou se montre trop sévère
à son égard, il s'évanouit, crache le sang. Il finit même - tout au
moins dans ses Mémoires - en amoureux transi qui se morfond
dans l'attente des lettres d'une belle indifférente. Il ne se contente
pas de Paris et de ses entours, et il inaugure la galanterie cosmopolite.
Il lui suffit de paraître pour que les belles Anglaises et
l'impertinente Électrice de Saxe fondent à son approche comme
neige au soleil, ou qu'une princesse polonaise, cornélienne à souhait,
lui cède enfin, dans les larmes et les remords. Mais bien sûr,
c'est sans compter sa rencontre avec la plus illustre de ses victimes
: la reine de France.
Armand Louis de Gontaut, duc de Lauzun, grand séducteur
et grand soldat, montera crânement sur l'échafaud en 1793, après
avoir trinqué avec son bourreau.