Droit et cultures, hors série, n° 2011. Orient-Occident, image de soi, image de l'autre

L'image identitaire, et avec elle le droit qui y participe et qui parfois la
définit, se déploie dans le temps. «C'est la mémoire qui fait votre identité ;
si vous avez perdu la mémoire, comment serez-vous le même homme»,
disait Voltaire. Les modes passent, les émotions varient, l'histoire demeure,
temps long des cultures. Mais les identités historiques se prêtent aux
manipulations, le procédé n'est pas nouveau. Ainsi en France : Ronsard s'en
allait chercher Francus sur les rives d'Orient tandis que Guillaume Postel
chantait la «primauté de la gent gallique» ; Boulainvilliers justifiait les
privilèges des nobles par la germanité conquérante, Sieyès la révolution des
roturiers par la gallicité autochtone ; Fustel de Coulanges définissait la
France comme l'héritière de la Cité Antique assassinée par les barbares. La
controverse, jusqu'au XIX<sup>e</sup> siècle ou même au XX<sup>e</sup>, perdura entre
germanistes et romanistes en Europe de l'Ouest.
L'image de soi est héritée, relief des valeurs de la société à laquelle
appartient son porteur. Elle est aussi définie en contrepoint de celle que
renvoie l'autre. Les «vrais hommes» des sociétés traditionnelles, tout
comme les citoyens des sociétés antiques, se définissent par rapport à
l'étranger, au barbare, aux frontières de l'humanité, parfois même au-delà.
Dans ces conditions, est-il possible de l'intégrer dans l'ordre juridique de la
cité, peut-on, doit-on l'assimiler, ou le rejeter ?
Dans cet ouvrage, nous espérons avoir contribué à éclairer la question
posée à la journée Kasra Vafadari : en Orient, comme en Occident, quelles
images se fait-on de soi-même ou des autres, et quelles en sont les
applications juridiques ?