Psychanalyse, n° 16

Dès 1890, dans un article intitulé «Le traitement psychique»,
Freud écrit qu'il voulait promouvoir un traitement
par les mots. Il se préoccupait, en réaction contre
un causalisme unilatéral (l'âme reflet du corps), de «l'action
de l'âme sur le corps». Pour autant, il ne faudrait
pas, en prenant acte de ce premier pas, oublier que la
psychanalyse est née d'une interprétation de ce par les
mots qui contredit frontalement ce que Freud soutient
dans cet article pré-psychanalytique : les mots de l'Autre
(le thérapeute) sont censés corriger les maux de l'un
(le patient) par la suggestion hypnotique. Cet oubli est
pourtant ce qui sous-tend la tentation, à laquelle cède la
loi sur la psychothérapie (y compris son dernier avatar
d'amendement), de dissoudre la psychanalyse dans la
médecine et la psychologie, dont l'idéal est l'arasement
du symptôme avant qu'il ne délivre le singulier de son
message. Or, ce singulier est toujours surprise, il est cet
envers devant lequel la vérité, celle dont le langage est
capable, s'avoue en échec. Qu'un dire puisse transcender
le langage est l'impossible qu'une psychanalyse a pour
enjeu de surmonter. Pour que la psychanalyse persiste
vive, la loi doit en prendre acte.