Trajectoires de l'immatériel : contribution à une théorie de la valeur et de sa dématérialisation

L'ouvrage est articulé autour de deux pôles thématiques : les biens et
l'argent. Il s'agit de rendre compte des processus de constitution de la
valeur et d'observer surtout la dématérialisation qui y est de plus en plus
intensément à l'oeuvre. Le départ est pris dans un questionnement sur ce
qu'est un bien (en soi, privé, public) pour aller vers ce qui en devient
l'expression la plus générale et la mesure la plus mobile : l'argent. La
généralisation de la valorisation monétaire fluidifie les choses, efface les
distinctions traditionnelles entre types de biens et surtout accompagne
un processus de socialisation de l'utilité qui transforme le sens et la
portée de l'avoir à soi des choses. La valeur aura sa vie dans la circulation
et sa possession s'exprimera comme participation à la fluctuation d'un
médium. Ces constats provoquent parfois le recours à des théories
«fortes» de la valorisation, capables de ramener à des visions plus
intuitives : cependant, envie et désir mimétique ont beau être à la racine
du valoir, les dynamiques de l'échange monétaire et surtout la centralisation
du partage du produit social comme produit monétaire ouvrent des
problématiques que l'intuition anthropologique ne suffit plus d'éclairer.
Enfin, l'étude des marchés financiers offre, à l'extrême de la dématérialisation,
une illustration des perplexités que rencontre toute tentative de briser la
clôture sur eux-mêmes des processus calculatoires du médium financier. Les
tentatives d'y importer des normes semblent vouées à l'échec.