Problèmes politiques et sociaux, n° 915. Les jeunes non qualifiés

En dépit d'une progression sensible de la proportion de
diplômés, le système éducatif français est loin d'avoir fait
disparaître l'échec scolaire conduisant chaque année près de
60 000 jeunes à quitter l'école sans atteindre la classe de seconde
ou l'année terminale débouchant sur un CAP ou un BEP, autrement
dit après l'enseignement primaire, le collège ou quelques mois de
formation professionnelle.
Mais, si cette proportion de jeunes non qualifiés a fortement
chuté depuis 1965 (de 35 % à 7 % en 2002), les conséquences de
ce phénomène sont pourtant loin d'être équivalentes entre les
deux périodes : quitter l'école sans qualification laisse
aujourd'hui, bien davantage qu'il y a quarante ans, les jeunes
singulièrement démunis pour entrer dans la vie active. Après
plusieurs décennies de chômage de masse, leurs parcours d'emploi
et leurs conditions de vie se sont sensiblement fragilisés,
accentuant les risques de précarité voire d'exclusion sociale. Dans
la concurrence pour l'emploi, les plus diplômés tirent davantage
leur épingle du jeu tandis que les non-qualifiés sont toujours
relégués en dernière position de la file d'attente, c'est-à-dire bien
souvent en situation d'exclusion du marché du travail. Lorsqu'ils
accèdent à ce dernier, c'est plus fréquemment encore que pour les
jeunes diplômés sur des statuts précaires.
Qui sont ces non-qualifiés ? Quel est leur environnement familial
et social ? Comment expliquer les parcours de ces jeunes qui
accumulent les désillusions et les échecs, de l'école à la mission
locale ou aux stages en entreprise ? Quel bilan peut-on tirer des
politiques publiques d'insertion et de formation et comment la
configuration du système éducatif et du marché de l'emploi se
présente-t-elle dans les autres pays, notamment européens ? C'est
à ces questions que ce dossier tente de répondre afin d'éclairer les
enjeux d'une situation qui obère l'avenir de nombreux jeunes et
menace leur intégration dans la société.