José Benazeraf : an 2002, la caméra irréductible

Le cinéma français, c'est, bien sûr, Les Enfants du Paradis, La Grande Illusion, Le Doulos ou A Bout de
souffle. C'est aussi La Maison du Maltais, Justin de Marseille, Le Désordre et la Nuit.
Mais c'est encore des films sortis dans les quartiers populaires, Pigalle ou les Grands Boulevards,
dans des salles comme le Scarlett, le Cameo ou le Midi-Minuit, devenu un véritable mythe. Des films
inclassables où le noir et le rose conjugués s'inventent tout un mauvais genre, illustré par des «Petits
Maîtres» dont José Benazeraf est le plus flamboyant représentant. Véritable Orson Welles d'une série
intimement Z, il a réinventé un cinéma populaire dans la lignée des Jasset ou des Desfontaines où la
liberté n'avait d'égale que l'inventivité.
«Père du Hard» selon un Dictionnaire du Cinéma qui fait injustement silence sur ses meilleures oeuvres,
José Benazeraf explosa durant les Sixties avec Le Cri de la chair, L'Enfer sur la plage, Un Épais Manteau de
sang, Les Premières Lueurs de l'aube. Il réalisa ainsi une oeuvre d'auteur authentiquement personnelle et
totalement à part dans un cinéma français de plus en plus embourgeoisé, s'affirmant comme l'un des très
rares cinéastes libertaires de son époque, sous un masque libertin.
Dans ce livre entretien avec José Benazeraf, Herbert P. Mathese évoque une période couvrant
pratiquement un demi-siècle de cinématographe, du Cinéma de Papa en passant par la Nouvelle Vague,
le soft et le hard jusqu'à nos jours.
Conjointement à cette évocation, parfois indiscrète et vacharde, Herbert P. Mathese, par ses
commentaires et un magistral appareil critique, fait aussi revivre un monde disparu d'aventuriers du
cinéma, de personnages extravagants, parfois cocasses, souvent déjantés, toujours possédés par la fureur
du film. Aujourd'hui, ce cinéma est mort mais il palpite encore d'une vie onirique sur l'écran de nos rêves.
Ce livre lui élève le plus beau des mausolées, un monument qui restitue aussi à José Benazeraf sa place
singulière dans l'univers cinématographique français, celle d'un styliste novateur, d'un auteur engagé
politiquement qui n'a jamais cessé de contester l'ordre moral et le politiquement correct.
Un combat, aujourd'hui, plus que jamais actuel qui est aussi celui de l'auteur de ce livre, en un temps
où l'on doit réaffirmer le Devoir de Révolte de l'Artiste.