Au-delà du PIB : pour une autre mesure de la richesse

Au début de l'année 2008, alors que les revendications relatives
au pouvoir d'achat s'intensifiaient, le président de la République,
Nicolas Sarkozy, déclara que l'indice du PIB (Produit intérieur
brut) était inapte à représenter les évolutions économiques
et sociales, et qu'il était urgent d'élaborer d'autres indicateurs
de croissance. À cette fin, il chargea deux prix Nobel d'économie,
Amartya Sen et Joseph Stiglitz, de constituer une commission.
La réflexion sur les limites de PIB comme critère de mesure
du bien-être ne date pourtant pas d'hier. Voilà déjà trente ans
outre-Atlantique, puis plus précisément depuis les années 1990,
que le débat est lancé. En France, la sociologue Dominique Méda
en a fait l'un des axes fondateurs de ses travaux. Dès 1999, dans
Qu'est-ce que la richesse ?, elle remarquait que le PIB n'est affecté ni par
la montée de la violence, ni par le développement des inégalités
ou l'altération de l'environnement - et, inversement, n'est pas
valorisé en cas d'accroissement constant du niveau d'éducation
ou d'amélioration de l'état de santé de la population.
Et de conclure : «Si ce qui importe, c'est ce qui est productif,
comment donner de la valeur à des activités qui ne sont productives
de rien, seulement de relation, de sens, de qualité de vie ?»
À l'heure où le mot d'ordre du gouvernement en place est
«Travailler plus pour gagner plus», cette réflexion, on s'en doute,
revêt une acuité toute particulière...