L'interprète. Vol. 3. Appogiatures

« Le promeneur sait qu'il n'est pas un promeneur. Avec ce beau temps d'octobre, on pourrait s'y tromper. Le promeneur est venu pour tuer. Il n'en a aucune habitude, ne l'a jamais fait. A toujours préféré les bardes aux guerriers. Jusqu'alors il s'est montré à la hauteur de ce qui était attendu de lui. [...] C'est un dimanche avant l'aube. Il a tant plu durant la nuit que les giclées d'étincelles fusent sous les roues, reflet surnaturel d'un orage envoyé par le ciel à la terre entrouverte. Il augmente l'intensité du son : Nicolaï Medtner, Danse jubilatoire ! Une voix intérieure lui chuchote : " Que le chant soit le sang de ta blessure... Tu chantes faux... Tu vis faux. Ton ombre te précède dans l'opacité du monde... " Il ne doit pas se laisser distraire. Il doit s'appuyer sur des repères sûrs. »