Au nom de Hegel : les juristes néo-hégéliens et la philosophie, du droit de la République de Weimar au Troisième Reich

Après 1945, la recherche historique allemande et française s'est d'abord focalisée sur la figure emblématique
de Carl Schmitt, qui a été vite répertorié comme le «juriste du Troisième Reich». Pourtant, sous le
nazisme, les juristes néo-hégéliens se sont eux aussi amplement illustrés à l'avant-garde du droit völkisch.
Tandis que Schmitt a été écarté de ses fonctions, l'engagement idéologique de ces juristes en faveur du
nazisme a longtemps été passé sous silence. Dès lors, les auteurs néo-hégéliens se sont refait une place et
un nom dans l'université allemande d'après-guerre - comme en témoigne l'exemple du plus connu d'entre
eux, Karl Larenz.
Le présent ouvrage tente de lever le voile sur le cas des néo-hégéliens allemands en explorant leur discours
tout au long de la période qui va de la République de Weimar au Troisième Reich. Peut-on parler d'un
mouvement néo-hégélien chez les juristes d'outre-Rhin comme d'un ensemble cohérent aux contours clairs
et à la stratégie univoque ? Faut-il voir dans son recours au nom de Hegel une simple instrumentalisation
du philosophe à des fins politiques ou bien l'expression d'un projet philosophique original ? On examine ici
les trajectoires individuelles des penseurs, non pas du point de vue de leur filiation - réelle ou présumée - à
la pensée de Hegel, mais dans une double perspective qui interroge simultanément la cohérence de leur
discours et la cohésion institutionnelle de leurs travaux. A travers le cas des néo-hégéliens, la question
de la continuité entre la République de Weimar et le Troisième Reich reçoit un éclairage particulier, qui
intéresse aussi bien l'histoire, que le droit et la philosophie.