Adieu Valmy : la fin de la nation en armes

«Vive la nation !» lance Kellermann, le 20 septembre 1792,
dans la canonnade de Valmy. Le peuple français se dressait
derrière ses volontaires, masculins largement.
La nation en armes n'existe plus.
Pacifisme et antimilitarisme suivent le massacre de 1914-1918.
De Gaulle, en 1940, est le symbole de la revanche sur
l'armée vaincue, celle des civils sur les militaires, avec la
Résistance.
En Indochine, les soldats de métier sont coupés du pays. Les
débats sur l'armée européenne, l'intégration dans l'OTAN diluent
le rôle des militaires dans la défense du sol national. Le savant,
avec l'arme nucléaire, l'emporte sur le soldat. Le conflit algérien
se termine dans le déchirement. Et la chute du mur de Berlin
laisse l'armée sans croisade ni «adversaire potentiel».
Le corps militaire s'est «désacralisé» et «civilisé». Le soldat
de métier est devenu électeur, et le tissu social qui favorisait les
vocations militaires s'est défait. Les femmes jouent désormais un
rôle très important dans une communauté hier machiste. Les seuls
héros proposés aux foules sont des Rambo américains. Le
patriotisme sans ennemi et sans croisade devient civisme.
La suspension du service militaire n'a pas provoqué dans
l'opinion le choc que l'on pouvait attendre. Les cadres se sont
attelés à la création d'une armée de métier. Ils cherchent
maintenant une culture et une place qui ne peuvent être seulement
celles de techniciens du «zéro mort».