Incidents : et autres proses

Daniil Harms (1905-1942) est aujourd'hui un classique
de la littérature universelle, aux côtés de Gogol,
Jarry, Beckett, Ionesco et Mrozek. Pourtant, de son
vivant, seulement deux courts textes pour «adultes»
furent publiés, et Harms ne serait resté qu'un merveilleux
auteur pour les enfants si le philosophe Yakov
Drouskine, membre comme lui du groupe Obèriou
(Association de l'Art réel), n'avait sauvegardé ses manuscrits.
Inversions ontologiques, tropismes alogiques, récurrences
verbales et situationnelles, invagination des
signes : Daniil Harms avait fini par croire que le réel
absurde de l'époque stalinienne, mais aussi de l'essence
même de l'homme, pourrait être miraculeusement métamorphosé
par un «retour de langue», du langage affranchi
de tout esthétisme et sacrificiellement perverti par
cette même réalité. C'est aussi ce qui explique la disparition
progressive de la poésie, trop littérairement
marquée, au profit des proses à partir du milieu des
années trente, dont Incidents qui apparaît comme le
cycle le plus achevé.