La puissance maritime : actes du colloque international tenu à l'Institut catholique de Paris, 13-15 décembre 2001

La mer qui berce nos rivages a modelé l'histoire et préside toujours aux
grands équilibres géopolitiques. La mare nostrum fut l'épicentre de la
puissance athénienne et romaine ; Venise, le Portugal, les Provinces-Unies,
eurent de par la marinisation de leur économie une destinée hors pair comparée
à leur potentiel démographique ; et c'est également la mer qui vint à bout
de la puissance continentale française avec les guerres napoléoniennes au
terme d'une seconde guerre de Cent Ans. L'Histoire décidément se répète et
c'est encore une bataille de l'Atlantique gagnée cette fois contre les sous-marins
de l'Amiral Dönitz qui, avec la construction de quelques 8 millions
de tonnes de navires marchands permit aux Alliés de libérer l'Europe.
Du côté asiatique, la leçon semble être la même : l'interdiction en Chine
de la navigation hauturière après la mort, en 1434, de l'eunuque Tcheng Ho,
pour lui substituer la voie d'eau intérieure, avec le canal impérial, ne permettra
pas le développement du capitalisme commercial qui fondera, avec l'ère
Meiji, la puissance nippone. C'est qu'à tout bien considérer les interactions
sont étroites entre Marine et Économie. A-t-on suffisamment noté que tous
les États du G8 sont des pays maritimes ?
Le maritime, au sens le plus large du terme, n'aurait-il pas été, le principal
moteur du développement économique ? Par ses effets au niveau du
commerce bien sûr mais aussi pour avoir stimulé l'innovation et une production
manufacturière qui fut, à tout le moins en Grande-Bretagne, à la base
de la révolution industrielle. Être tourné vers la mer, vers les échanges, quels
qu'ils soient, n'est-ce pas s'inscrire dans une dynamique de contacts et donc
d'ouverture, d'aventure et donc de prise de risques qui est le propre de l'économie
libérale ?
L'histoire maritime borde également le présent. Mesure-t-on suffisamment,
par exemple, que la place des différentes langues dans le monde
procède dans une large mesure de l'expansion maritime ? La langue française
et donc la littérature française, la chanson française, le cinéma français
auraient aujourd'hui un rayonnement supérieur, avec tout ce que cela
suppose au niveau commercial, si notre pays avait, au cours de son histoire,
regardé davantage vers la mer.
Cette histoire peut éclairer aussi l'avenir. La mer et les fonds marins seront
bientôt au coeur même des principaux enjeux économiques et scientifiques.
La part du maritime dans le P.I.B., située aujourd'hui entre 3 et 5 % dans les
pays de l'O.C.D.E. ne va, à l'évidence, cesser d'augmenter. La création des
ZEE, Zones Économiques Exclusives, portant le droit exclusif des États
riverains des mers ouvertes à exploiter les fonds marins jusqu'à 200 milles,
soit 372 kilomètres, ne constitueraient-elles pas, au sens le plus fort, une
«nouvelle frontière» ?