Un chemin semé d'épines : meurtres sur le chemin de Saint-Jacques

Bien qu'il affichât un athéisme intransigeant, le commandant de
police Chevriou était loin d'être un matérialiste borné. Il comprenait même
qu'on pût donner au parcours du Chemin de Saint-Jacques une dimension
morale, philosophique, voire métaphysique, à condition qu'elle demeurât
strictement personnelle et qu'elle ne fût jamais polluée par les ukases d'une
religion instituée. Ça, il ne le supportait pas. Ceux qui se lançaient sur les
mille six cents kilomètres du Chemin, lui apparaissaient comme les victimes
consentantes d'un bourrage de crâne séculaire. Mais ceux qu'il exécrait
davantage encore c'étaient les autres, tous ces moutons de Panurge qui ne se
voulaient ni agneaux de Dieu, ni brebis égarées et qui se ruaient là comme ils
se ruent aux premières soldes, à la sortie du dernier Harry Potter, parce qu'il
faut y être ; tous ceux qui faisaient le bonheur des marchands du temple ;
tous ceux qui, même s'ils avaient effectué la moitié du chemin en voiture,
même s'ils ne parcouraient que quatre ou cinq étapes, ne faisaient tamponner
leur créanciale et n'arboraient la sainte coquille que pour pouvoir proclamer :
«J'ai fait Compostelle !»
Paul Chevriou n'est pas un grand amateur du célèbre pèlerinage. Il sera
pourtant et bien malgré lui contraint de s'y intéresser lorsqu'une série de
crimes, tous perpétrés sur le chemin de Compostelle entre Le Puy et Saugues,
viendra défrayer la chronique et affoler les autorités religieuses.