Cahier 3 : 1943

En 1943, dans le tragique du temps,
Valéry ouvre un nouveau cahier sous la
seule autorité d'une date tracée d'une
main nerveuse : 6.XI.43. On y retrouvera
le kaléidoscope des éléments qui
y trouvent lieu depuis l'origine ou
presque : la grande découverte 1892 ,
le que peut un homme ? , la question
de l' attention , celle des analogies avec
les données scientifiques, le souvenir de
Mallarmé... La lecture se repérera aux
plis d'une écriture, comme à l'habitude
accentuée dans ses marges. Mais ce sont
les circonstances, notées par quelques
fragments d' éphémérides (la générale
du Soulier de satin , tel film de Chaplin,
tels dîner ou rencontre...), qui teintent
l'écriture de tons sombres, révélant -
en quelque sorte dans le filigrane -
l'angoisse profonde et les tensions,
psychologiques comme politiques, qui
sous-tendent à présent l'écriture. Un
thème, de plus, insiste à même la chair
des mots : celui de la mort.
L'écriture du cahier est plus que
jamais au plus vif de l'être, illustration
profonde de ce que Valéry écrit au
Révérend Père Rideau, en cette même
année 1943 : Vivre me paraît être une
suite d'approximations ou d'adaptations,
une série dont la convergence est toujours
douteuse.
Serge Bourjea