Le traité d'amitié entre la France et l'Algérie : un précurseur, Jacques Berque

«Que la France et l'Algérie, à cause de ce qui les rapproche
et en dépit de ce qui les a séparées, projettent de signer un
Traité d'Amitié, voilà non seulement un événement d'une
importance décisive pour ces deux pays, mais aussi un signe
capital adressé au monde entier. La charnière franco-algérienne,
en effet, pourrait bien relier symboliquement
les ensembles auxquels s'adossent l'Algérie et la France :
le monde arabe, l'Afrique et les pays émergents, pour la
première ; l'Europe et l'Occident, pour la seconde.
Au-delà d'un acte diplomatique, ce Traité d'Amitié est
l'occasion d'une réflexion profonde sur ce qui doit être
entrepris de part et d'autre de ce lac du sens que demeure la
Méditerranée. Nul ne peut mieux nous y aider que Jacques
Berque, le passeur des deux rives, né à Frenda en 1910, mort
dans les Landes en 1995, passionnément attaché à l'Algérie
comme à la France, catholique ami des musulmans, et qui
se consacra à réveiller dans l'une et l'autre culture les
aspirations à l'universel, à la justice et à la coexistence. Deux
de ses plus proches amis et confidents, l'Algérien Mustapha
Cherif et le Français Jean Sur évoqueront ce que Berque
proposait à l'une et l'autre rive. Ils en appellent, pour
éclairer l'avenir, «à ces données fondamentales qu'ignorent
ou bafouent le fanatisme politico-religieux et le fanatisme
de l'argent, le terrorisme des faibles et le terrorisme des
puissants».