Lointaines sont les rives du destin

Lointaines sont les rives du destin pour Ndaya, la femme
adultère qui, en violant les interdits, sème autour d'elle la désolation
et s'engage dans une longue expiation. Lointaines sont les
rives du destin pour Nimy, le fils généreux, parti au-delà du
monde des vivants à la recherche de l'âme de son père. Lointaines
sont les rives du destin pour Kela, époux et père, mais aussi initié
aux secrets du clan, esprit errant privé de repos tant que justice ne
lui sera pas rendue.
A travers ces quêtes initiatiques et ces destins qui se croisent,
ce récit déroule, en profondeur, le thème éternel de l'être humain
dont la soif d'absolu se heurte aux multiples obstacles qui constituent
les normes sociales, les pouvoirs établis et les faiblesses
mêmes de l'individu.
Kama Kamanda y renouvelle la tradition millénaire du griot
africain. Parole poétique dont le souffle fait jaillir les images végétales,
les exploitations de couleurs, les bruits, les senteurs, les
gestes ancestraux de son Afrique natale. Parole épique qui fait
s'affronter la matière et l'esprit, le visible et l'invisible, l'humain
et le sacré en de fascinants duels. Mais surtout Parole mythique,
où le conteur renoue avec l'authenticité du mythe, porteur d'une
vérité prophétique. Le désordre s'est emparé des corps et des
âmes, mais les forces qui l'ont engendré resteront-elles toutes-puissantes
? Par ce récit, n'est-ce pas la quête même de l'Afrique
que nous propose l'écrivain, qui se donne pour mission de faire
aborder son peuple aux "rives" d'un nouveau "destin", qui verrait
l'harmonie restaurée dans un monde juste et apaisé ?