Justice, médias, pouvoir : un triangle infernal

Ces dernières années ont révélé de façon
aveuglante les relations perverses que
peuvent nouer les médias et la justice.
Bouleversant des notions que l'on croyait
bien établies dans notre société - la
prééminence du droit, le droit à l'image, la
présomption d'innocence, la noutralité et la
sérénité du débat judiciaire -, les médias
ont amplifié à l'extrême la résonance
particulière de certains procès pour en faire
des spectacles tonitruants et cacophoniques
qui se déroulent autant sur les écrans de
télévision et dans les journaux que dans les
prétoires. Des moyens hollywoodiens sont
déployés pour rendre compte de la moindre
péripétie. Et pourtant, l'opinion publique
reste sur sa faim et garde le sentiment que
l'essentiel lui échappe.
La justice peut-elle éviter le
«cauchemar médiatique» ? Faut-il accepter
que les médias disent et montrent
n'importe quoi sous l'empire de la
concurrence ? La demande de justice est
plus intense que jamais, face à
l'estompement d'autres mécanismes de
cohésion sociale. Mais l'institution
judiciaire déçoit cette attente, faute de
moyens pour y faire face. La confiance dans
la justice est à son niveau le plus bas.
Est-ce une fatalité ? Est-ce le fruit de
l'impécuniosité croissante de l'État,
caractéristique du désinvestissement des
sociétés occidentales dans l'espace public,
ou encore le résultat d'une volonté
délibérée de dompter les juges, dont le
pouvoir inquiète une classe politique aux
abois ? La perte de prestige de la justice est-elle
liée à la dissipation du mystère dont
elle s'entourait ?