Approches, n° 152. Henry Bauchau : inédits, correspondances, hommages

À personnage exceptionnel, publication exceptionnelle. Henry Bauchau,
poète, dramaturge, romancier, psychanalyste, né en 1913, s'est
éteint le 21 septembre 2012. Il a traversé le XX<sup>e</sup> siècle, en contemporain
des deux guerres mondiales. Si l'écriture, chez lui, s'est imposée tardivement
à l'âge de 45 ans avec le recueil de poèmes Géologie , elle avait
été précédée, et préparée, par de longs cheminements intérieurs : autant
d'explorations archéologiques intimes dont la première psychanalyse
avec Blanche Reverchon-Jouve, appelée la Sibylle, fut un moment décisif.
Grâce à elle, la rencontre avec l'inconscient et les rêves a nourri son
expérience de l'écriture au point que les deux ont constitué un même
processus de création. Car Henry Bauchau n'écrit que ce qui s'est
d'abord intériorisé en profondeur. Les résonances internes des événements
forment une chambre d'écho de l'écriture. Celle-ci lui est dictée
comme pour les dictées d'angoisse chez Orion, le jeune patient de
L'enfant bleu. OEdipe sur la route en 1990, Antigone en 1997, l'ont fait
accéder à la notoriété, en Belgique et en France : c'est quand le roman
s'empare du mythe pour lui donner une vie nouvelle qu'advient la reconnaissance
publique.
Derrière l'enfance, il existe un passé beaucoup plus lointain, plongeant
ses racines dans un imaginaire ancestral et nous rattachant à des forces
telluriques : ce sentiment lui a fait tracer son «sillon d'oeuvre». Celle-ci
est le récit des doutes, des espoirs, des contradictions d'un homme qui
avança d'un même pas dans la vie et dans l'écriture, dans la vie de l'écriture,
célébrant la beauté du monde. Si l'enfance s'est partiellement perdue,
il en reste des «traces effilochées à tous les buissons, à toutes les
ronces de la vie».