A la recherche des villes saintes : actes du Colloque franco-néerlandais Les villes saintes, Collège de France, 10 et 11 mai 2001

En un temps où la sainteté traditionnellement attribuée à certaines villes
continue plus que jamais d'être alléguée par les guerriers de tout bord, les
sciences des religions ne peuvent éluder les questions qu'elle soulève. Le colloque
d'où ce livre est issu se proposait de confronter les analyses de situations
particulières, menées selon les méthodes de l'histoire, de la philologie, de
l'ethnologie et de l'anthropologie, en élargissant l'examen à d'autres cultures
que celles des religions dites du Livre, sans négliger celles-ci. Les auteurs des
études réunies ici sont à la recherche de concepts opératoires, à distance du
discours de la dévotion. Ils sont aussi à la recherche des formes infiniment variées
de la sanctification des villes à des époques différentes, sous le regard,
proche ou lointain, des habitants et des exilés, sous l'emprise, conquérante ou
déçue, des pouvoirs qui s'érigent sur la sacralité des lieux et des communautés
qui préservent ou s'inventent des identités en pérennisant des héritages ou en
se les appropriant. Ils offrent des exemples bons à penser au lecteur qui est à
la recherche, au moyen de la comparaison, tant des traits communs que des
divergences. Un tel voyageur passe sept fois par Jérusalem et perçoit les métamorphoses
de sa sainteté, telle qu'elle est codifiée à l'ère hellénistique (A. van
der Kooij) et institutionnalisée en diaspora dans le monde gréco-romain (J.
Tromp) ; telle qu'elle est menacée de mort au moment de la ruine du Temple
(S. Mimouni, M.-J. Pierre) ; rêvée et remodelée, à la fois évanescente et tangible,
dans l'exil médiéval (J.-C. Attias) ; confortée pour les chrétiens du XVI<sup>e</sup>
siècle par ce qui leur paraît l'humiliation de la ville, ses blessures devenant les
stigmates de sa gloire (M.-C. Gomez-Géraud) ; jumelée avec La Mecque par
la réflexion cosmogonique et eschatologique des mystiques musulmans (P.
Lory). Le cas de La Mecque et de Médine aide à construire une typologie
moderne (G. A. Wiegers) et à penser le rapport entre ville sainte et territoire
sacré (H. Benkheira). La vénération pour Axoum dans l'Éthiopie chrétienne
fait converger motivations religieuses et politiques (G. Lusini). À Rome,
l'hagiographie martyriale part à la conquête du bastion polythéiste (P.
Boulhol). D'autres rivalités se dessinent dans la mythologie des peuples du
Mexique ancien qui ont tiré leur prestige de Cholula (M. Graulich). L'Inde,
c'est à la fois le tout autre et le même : la sainteté des villes y est placée sous
le signe de la fluidité (M.-L. Reiniche). Partout se vérifie et s'annihile le
lamento paradoxal de Baudelaire : «La forme d'une ville change plus vite,
hélas ! que le coeur d'un mortel».