Dieu est-il gascon ?

Dieu est-il gascon ?

Dieu est-il gascon ?
Éditeur: Rocher
2006269 pagesISBN 9782268057750
Format: BrochéLangue : Français

«Dieu est-il français ? s'interrogea l'écrivain allemand Friedrich Sieburg,

peu de temps avant que les panzers du général Guderian vinssent le vérifier sur

place. L'est-il, ne l'est-il pas ? Disons que cela dépend des jours. Une chose est

sûre, Dieu est gascon. Tous deux racontent beaucoup d'histoires. Tous deux

sont fiers, susceptibles, prompts à en découdre mais toujours prêts à pardonner,

parce qu'au fond, ce sont de bonnes pâtes ; ce n'est d'ailleurs pas un hasard

si le Gascon n'aime pas trop les curés. Quand il s'adresse à Dieu, il n'a pas

besoin d'intermédiaires et inversement.

On croit savoir, en général, que la Gascogne se trouve en bas de la carte de

France, vers la gauche. Erreur. La Gascogne est une fantaisie, un roman qui

n'existe que dans l'imagination des Gascons.

La Gascogne est mon pays. Je n'y ai aucune attache familiale, ma mère était

moscovite, mon père normando-parisien, je suis né sur les rives de la Seine, j'y

ai passé le plus clair de ma vie et je vis momentanément sur la côte d'Azur. Mais

la Gascogne est mon pays. Je n'y ai pas de maison, aucune terre, pas même un

bout de vigne entre Mouton-Rothschild et Lafite, ni de truffière à Sarlat, de

palombière dans les Landes, de chasse en Béarn, de studio à Saint-Jean de Luz

ou de caveau à Arcangues, entre Luis Mariano et les amoureux qui se bécotent

sur les bancs du plus aimable cimetière du monde. Mais la Gascogne est mon

pays. Henri de Navarre est mon roi, Aliénor d'Aquitaine ma cousine, et à

Nérac, je me réveille dans les bras de la reine Margot qui, soit dit sans l'offenser,

est un chaud lapin. D'Artagnan, Porthos, Athos, Aramis sont mes oncles,

Planchet mon fidèle valet et Montaigne mon précepteur. Le matin, je me

brosse les dents à l'ail et me les rince au jurançon. J'attaque la journée avec une

tartine de foie gras ; à midi, je me réconforte avec une garbure, un magret de

canard ou un cassoulet et le soir, je baisse le rideau sur une sauce aux cèpes ou

une brouillade de truffes.

Le dimanche, bien sûr, je sors la poule au pot.»

Christian Millau, en nous livrant une mosaïque de portraits, recettes, anecdotes,

aussi drôles que savoureux, nous explique à sa façon ce qu'est cette

Gascogne de fantaisie, son pays de coeur.

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